Apprendre l'hypnose ensemble pas à pas

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Science et hypnose : les premiers enjeux

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De nombreuses études scientifiques font mention de l’hypnose, mais l’arrivée de la neuro-imagerie dans les années 1990 a apporté un éclairage nouveau sur les effets de l’hypnose sur le cerveau et son fonctionnement.

Ces études ont permis de prouver que l’hypnose modifie le comportement cérébral et interagit avec des zones en liens avec la douleur et le bien-être, confortant l’usage de l’hypnose dans le cadre de l’hypnoanalgésie ou hypnosédation.
Bien qu’utilisée depuis longtemps déjà (depuis les années 1950 en Suisse Romande par exemple), l’hypnosédation a donc bénéficié ces dernières années d’un fort regain d’intérêt, notamment en France, qui accusait quelques retards en la matière (lire par exemple l’article Hypnosédation au CHU de Nîmes depuis 2008), bien que ce soit le français Charcot qui lui ai donné ses premières lettres de noblesses à la fin du XIXe siècle.

Mais avant d’en arriver là, les étapes furent longues et tortueuses et la science rencontra de nombreuses difficultés face à l’hypnose.

Comment analyser l’hypnose ?

Impalpable, basée sur l’imagination, les impressions et les ressentis, l’hypnose n’est pas mesurable.

Comment donc procéder pour tester ses actions, valider sa réalité ou contredire ses usurpateurs ?

Hyppolite Bernheim

Tout commença lorsque le médecin autrichien Franz Anton Mesmer (lire sur ce sujet Mesmer et le magnétisme) utilisa le premier des techniques proches de l’hypnose, les sortant ainsi du domaine de la sorcellerie pour les amener dans le champ du médical. Il fut le premier a affirmer que les patients se trouvaient dans un état neurologique particulier, appuyé un siècle plus tard par le neurologue Jean-Martin Charcot.
Au XIXe siècle d’autres praticiens, comme Hyppolite Bernheim de l’université de Nancy soutenaient pourtant le contraire, affirmant que l’hypnose était un état cérébral identique à l’imagination lorsque l’on est éveillé.

Que devait-on en penser : Un sujet hypnotisé est-il uniquement relâché et détendu, imaginatifs, ou l’hypnose le plonge-t-elle dans un état neurophysiologique particulier ?

Injustement perçue comme farfelue (et cela jusqu’au XXe siècle), l’hypnose avait donc réellement besoin de la science !

Science et hypnose étape 1 : Les échelles d’hypnotisabilité

Pour commencer les scientifiques avaient besoin d’un outil fiable, quelque soit la sensibilité à l’hypnose.

Ernest Hilgard

Mais le chemin fut long et il fallut attendre le XXe siècle, puisque les premières réponses sérieuses à cette épineuse question attendront 1938, par la mise au point d’une échelle d’hypnotisabilité, permettant de mesurer le degré de sensibilité des gens à l’hypnose. Inventée par Friedlander et Sarbin, elle fut complétée dans les années 1950 par les chercheurs André Weitzenhoffer et Ernest Hilgard de l’Université de Stanford aux Etats-Unis, pour créer la Stanford hypnotic susceptibility scales, régulièrement mise à jour depuis et considérée comme l’échelle de référence.

Le test consiste en une liste de suggestions standardisées, suivies de questions, permettant de mesurer l’hypnotisabilité du sujet et la réactivité à différentes stimulations (mouvements du corps ou abstraction mentale, comme ne pas entendre un bruit de cloche généré par le chercheur ou sentir une odeur qui n’est pas diffusée).

De nombreuses échelles virent ensuite le jour, au gré des études et des recherches, par exemple :

  • LeCron and Bordeaux Scale en 1949
  • Barber suggestibilité scale en 1978 (échelle et test)
  • Waterloo Stanford Group Scale of Hypnotic Susceptibility en 1998 (échelle et test)

Quatre types de suggestions furent déduites, en fonction des types de stimulations :

Actions Réactions
Stimulations motrices Lévitations du bras, mouvement du corps… Contractions du bras, catalepsie des paupières (bloquées en position ouvertes)
Stimulations mentales Hallucinations visuelles, auditives, olfactives… Hallucinations négatives (cécité, surdité…)

Les études démontrèrent que l’hypnotisabilité est variable d’un individu à l’autre. Même si tous les sujets semblent hypnotisable, certains ne le sont que très peu, d’autres le sont énormément.
Il y a sur Internet beaucoup de données sur le sujet, les études sont nombreuses et visent essentiellement à mesurer la profondeur d’hypnose, mais je ne vais pas m’étaler plus ici, vous avez compris le principe. 😉

Cependant, un fait plus intéressant se produisit.

Ernest Hilgard avec un sujet en 1989

En construisant sa première échelle de Stanford, le psychiatre Ernest Hilgard découvrit par hasard un phénomène étrange, qu’il nomma dissociation, consistant en des réactions antagonistes, indiquant une division de la pensée en deux états différents. En effet, lorsqu’il demandait sous hypnose à un sujet de devenir sourd, celui-ci ne répondait plus aux questions posées, mais bougeait tout de même un membre si le chercheur le lui demandait ! Cette découverte entraîna de nombreuses interrogations quant aux mécanismes induits. Arriva alors la thèse d’une hypnose qui n’activerais que l’un des hémisphères de notre cerveau, expliquant ainsi la dissociation. De nombreux tests furent menés sous électroencéphalogramme (EEG) par de nombreuses équipes, mais sans résultats probants.

Science et hypnose étape 2 : L’imagerie cérébrale

Dans les années 1980, les premières études furent menées sous imagerie médicale, avec l’injection dans le sang de traceurs radioactifs visibles (grâce à une tomographie à émission de positons aussi appelée TEP) pour tenter de mesurer et démonter la dissociation. Mais là aussi les résultats furent négatifs et aucune utilisation exclusive d’un unique hémisphère cérébral ne fut détectée chez les sujets. Quels que soient les tests, quels que soient les publics, les stimuli ou les comparaisons de données, aucune réaction inhabituelle du cerveau ou du corps ne fut relevée, que ce soit sur l’activité du cerveau, du sang, de la fréquence respiratoire…

Pourtant en parallèle, l’hypnosédation se développait à vitesse grand V dans les hôpitaux et les anesthésistes restaient interloqués par l’efficacité de l’hypnose qui semblait bien plonger les patients dans un état physiologique particulier.

Marie-Elisabeth Faymonville lors de la conférence « Hypnose: un outil pour une meilleure gestion d’une douleur » en 2012. Crédit photo Université de Liège (www.gclg.be).

En 1993 en Belgique, l’hypno-anesthésiste Marie-Élisabeth Faymonville et le neurologue Pierre Maquet tentèrent à leur tour une expérience par imagerie médicale, à la faveur de progrès techniques notoires et d’une plus grande finesse dans les protocoles. L’utilisation de traceurs radioactifs moins nocifs permis par exemple de renouveler plusieurs fois l’expérience sur le même patient sans détériorer ses cellules.
L’expérience consista à faire se remémorer au sujet un souvenir de vacances, sous hypnose et à l’état d’éveil, afin de comparer l’activité cérébrale. Le voile fut alors percé, le sujet n’activant pas les mêmes zones de son cerveau, lorsqu’il se souvenait, ou lorsqu’il revivait un souvenir sous hypnose.
La dissociation finit donc par être prouvée scientifiquement, passant d’une intuition à un protocole vérifié.
Hourra, preuve était faite ! 😀

En conclusion

Sous hypnose, les zones du cerveau utilisées ne sont pas celles du souvenir, mais sont celles utilisées dans la vie de tous les jours, lorsque l’on vit l’événement. Le sujet se remémorant un souvenir va donc les revivre, cérébralement parlé, même si il est immobile. Les zones cérébrales de ses cinq sens seront misent à contribution, contrairement à un simple souvenir ! Le sujet peut donc croire à des illusions ou des hallucinations, puisque son cerveau a le sentiment de les vivre.

L’hypnose est donc pour le cerveau un événement global, vécu par le cerveau comme si il le vivait en direct. L’hypnose est donc bien un état à part, différent de l’éveil, de la somnolence, du sommeil ou encore des états de lésions cérébrales. C’est l’hypnose ! 😉
Pour approfondir le sujet, consultez les nombreuses publications scientifiques de Marie-Elisabeth Faymonville sur l’hypnose, ses mécanismes et ses applications, notamment sur la gestion de la douleur (en anglais).

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