Jean-Martin Charcot, Sigmund Freud et l’hypnose

Jean-Martin Charcot

Né en France en 1825 et mort en 1893, Jean-Martin Charcot est un neurologue, spécialiste des maladies du système nerveux, membre des Académies de médecine et des sciences.

Très reconnu et très respecté (encore aujourd’hui), il est le créateur de la neurologie moderne et de la psychopathologie (étude des troubles mentaux).

Réussissant en 1848 le concours de l’internat des hôpitaux de Paris, il soutient une thèse sur les maladies inflammatoires en 1853. Il est nommé ensuite chef de clinique de l’hôpital parisien de la Salpétrière où il s’occupe des grands infirmes et des incurables (en tout cas diagnostiqués comme tel à l’époque). Il enseigne également l’anatomie pathologique à la fac et poursuit l’activité de son cabinet privé.

Les années qui suivent le voient réaliser de nombreuses études sur la sclérose en plaque, la moelle épinière, la syphilis et autres joyeusetés qui lui valent une petite renommée internationale. Il est ainsi le premier à faire le lien entre certaines lésions du cerveau et les atteintes motrices. Ça n’a l’air de rien, tant cela semble évident à notre époque, mais ce n’est pas pour rien si la première chaire mondiale de neurologie est créée pour lui (source Wikipédia). De nombreuses maladies portent d’ailleurs sont nom.

À partir de 1878, il aborde les problèmes mentaux et l’hystérie, qui mêle le conflit mental (touchant le plus souvent des femmes) à des manifestations physiques (anesthésies, contractions des muscles…), dans des moments d’excès émotionnels intenses, parfois très impressionnants. Plutôt que les brûler sur le bucher pour sorcellerie comme au Moyen-Âge,  Charcot promeut une origine psychologique de l’hystérie, plutôt que physique. Utilisant l’hypnose, il parvient à faire apparaître ou disparaître les symptômes en plongeant ses sujets dans des états hypnotiques, prouvant que l’origine est bien psychologique.

Hystérique sous hypnose à la Salpétrière (par Désiré Magloire-Bourneville).

Il entame alors une série de “Leçons du mardi” publiques qui feront sa célébrité, dans lesquelles il traite de tout un tas de sujets médicaux, exposant ses patients et leur pathologie devant son auditoire (voir ci-contre le tableau d’André Brouillet “Une leçon clinique à la Salpétrière” avec Charcot présentant sa patiente Blanche en crise d’hystérie à ses élèves). Sigmund Freud, Joseph Babinski ou encore Georges Gilles de La Tourette comptent parmi ses nombreux élèves, impressionnés par ses capacités d’analyse et de remise en question des courants de pensées établis.

Les “Leçons” de Charcot donnent vraiment l’impression d’avoir eu l’effet d’un coup de pied dans la fourmilière scientifique, tant les échos sont nombreux. En tout cas, il n’a laissé personne indifférent, c’est le moins que l’on puisse dire !

Son arrivée à l’hypnose à proprement parlé s’est faite sous l’influence du prix Nobel de physiologie Charles Richet, qui s’intéresse également au paranormal et à tous ce qui sort un peu des frontières de la science.

Charcot remet l’hypnose sous les projecteurs, en la lavant de sa réputation sulfureuse, tout en réalisant le parallèle entre l’état hypnotique et certains états de l’hystérie, à priori assez proche. En arrêtant  certains symptômes sous hypnose, il démontre que les problèmes ne sont pas physiques ou liés à des lésions du cerveau, mais purement psychologiques. À l’inverse il arrive à recréer sous hypnose les symptômes de l’hystérie sur des sujets qui n’en sont pas atteints, achevant sa démonstration. Certains pensaient que les hystériques étaient des femmes affabulatrices, Charcot démontre que rien n’est simulé et que le phénomène ne touche pas que les femmes (le mot “hystera” signifiant d’ailleurs utérus en grec).

Jean-Martin Charcot n’utilise par contre pas l’hypnose à des fins de thérapies.

Wikipédia nous enseigne ainsi :

La publication du livre de Charcot marque le début de l’âge d’or de l’hypnose en France, et fait de Charcot le chef de file de ce que l’on a appelé l’École de la Salpêtrière. Charcot y décrit les quatre états du « Grand Hypnotisme » des malades hystériques :

  • La léthargie, obtenue en pressant sur les paupières du sujet, durant laquelle le sujet reste inerte tout en manifestant une « hyperexcitabilité neuro-musculaire » (le moindre contact provoque une contracture) ;
  • La catalepsie, obtenue en rouvrant les yeux du sujet (ou en faisant résonner un gong), durant laquelle le sujet prend les poses qu’on lui donne et « transfère » à volonté les contractures du côté du corps où l’on applique un aimant ;
  • Le somnambulisme, obtenu en frictionnant le sommet du crâne du sujet, durant lequel le sujet vous parle et bouge normalement ;
  • Le sujet fait preuve d’une amnésie totale au réveil.

Les symptômes sont, selon Charcot, dû à un choc traumatique, qui créé une rupture entre inconscient et subconscient, ouvrant ainsi la voie à son élève Sigmund Freud.

Sigmund Freud

À la différence de Charcot, Sigmund Freud utilise l’hypnose à des fins thérapeutiques, afin de remonter dans l’inconscient du patient pour trouver l’origine du traumatisme qui à créé la rupture entre inconscient et subconscient (je résume avec mes mots, soyez donc indulgents ! ;)).

Né en Autriche en 1856, il devient neurologue et suit des cours en France à la Salpétrière. La forte influence de Charcot et de son utilisation de l’hypnose l’amène à concevoir une cure thérapeutique, la cure psychanalytique, ou psychanalyse, qu’il crée de toute pièce (technique de thérapie par l’investigation dans le psychisme du patient). C’est une véritable révolution et le courant de pensée apporte à la société tout un tas de concepts nouveaux qui bouleversent tout sur leur passage, comme les notions de complexe, d’inné / acquis, d’inconscient / subconscient, d’interprétation des rêves, ou encore de refoulement ou de forte influence de l’enfance ou des pulsions. C’est alors complètement nouveau et cela remet énormément de choses en cause, de l’éducation des enfants, à la sexualité des adultes. Tout le monde en prend plus ou moins pour son grade et cela ne se fait pas sans remous (encore aujourd’hui d’ailleurs) !

Toujours est-il que les analyses de cas, les études, procédés et hypothèses sont solides et la “science de l’inconscient” ne pourra désormais plus être stoppée.
Lors d’un voyage aux USA en 1910, Freud aurait d’ailleurs dit au sujet de la psychanalyse “Je leur apporte la peste et ils ne le savent pas encore”, tant les bouleversements que cela impliquaient étaient profonds.

Avant son arrivée en France, il a déjà accumulé un certain nombre d’expériences, notamment sur les malades nerveux (à l’occasion desquelles il plaide pour l’utilisation de la cocaïne dans les traitements et les anesthésies, avant que certaines expériences ne tournent mal).

Freud arrive en France en 1885, grâce à une bourse d’étude, afin de rencontrer Charcot, qui l’impressionne déjà. Resté en France une année, il rentre en Allemagne, où il traduit en allemand les publications de Charcot, tout en restant en contact avec lui.

Il tentera alors de promouvoir les conclusions de Charcot et de l’Hôpital de la Salpétrière sur l’hystérie, et par là même l’hypnose, auprès de sociétés médicales et scientifiques d’Allemagne et d’Autriche. Très décrié, notamment sur l’existence d’une hystérie masculine, il se trouve un peu tourné en ridicule par des savants lui reprochant sont aveuglement concernant Charcot et ses théories.

Sans le sou et rejeté, il est un mouton noir auprès des scientifiques germaniques.

Ses théories s’affinent alors et il retrouve un intérêt pour l’hypnose qu’il approfondi à l’école de Nancy et auprès d’Ambroise-Auguste Liébeault (médecin-guérisseur pratiquant l’hypnose et les théories de Mesmer). Ces contacts l’amènent à découvrir que les sujets gardent une partie de leur lucidité lors des états hypnotiques, ce qui l’induit vers ses futurs théories de l’inconscient.

Il finit toutefois par abandonner l’hypnose au profit de la “cure de la parole”, propre à ce qui deviendra ensuite la psychanalyse.

L’hypnose ne fait donc pas partie des fondements de la psychanalyse, mais a permis des avancées considérables dans ce secteur.

Freud continue alors sa carrière en affinant ses nombreuses théories sur les liens entre la psychologie, les traumas, le corps et la parole.

 

De nombreux autres chercheurs, scientifiques, médecins ou praticiens ont participé à l’euphorie régnant à cette époque là autour de l’hypnose et de ses possibilités, mais Charcot et Freud me semblaient être les plus emblématiques et les plus reconnus dans leur rôle de dédiabolisation de l’hypnose. Désolé donc si je n’ai pas été exhaustif 😛 !
N’hésitez pas à me faire part de vos commentaires si j’ai eu des oublis ou fait des erreurs, c’est comme cela qu’on progresse. 😉

 

Edit : Sur un sujet connexe, je vous recommande le livre “Tout ce qui n’intéressait pas Freud”, que je viens de finir et qui est vraiment passionnant et très très instructif sur les mécanismes de la conscience et la manière dont tout ça se construit depuis l’enfance. Ce n’est pas un bouquin sur l’hypnose, mais ça peux peut être vous intéresser aussi 🙂 !


2 réflexions au sujet de “Jean-Martin Charcot, Sigmund Freud et l’hypnose

  1. Bonjour
    Très bon article clair et bien écrit
    Par contre ce qui serait intéressant car est les échanges de idées , commentaire .
    Je me permets de rajouter si vous parlez la allemand lisez le des cethèmes langue où Freud y met des clins de oeil intraduisible !
    Bonne continuation

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